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2026

Trophée Marie-Agnès Péron

Dates

4 juin 2026 → 6 juin 2026

Parcours

Douarnenez


Quand la mémoire de Marie-Agnès Péron dicte la prudence en baie de Douarnenez

Julien Letissier franchit la ligne en 8 h 39 min 05 s, troisième victoire en trois courses. Derrière lui, Joseph Cloarec verrouille la Série à 23 secondes de son dauphin. Mais le vrai récit de ce 22e Trophée Marie-Agnès Péron ne se lit pas uniquement au chrono. Il se lit dans le parcours amputé des deux tiers, dans le départ décalé d'un jour, dans la décision d'une direction de course qui a choisi la responsabilité plutôt que la distance.

Une course qui porte le poids d'une disparition

Le Trophée Marie-Agnès Péron ne porte pas le nom d'une marraine abstraite. L'épreuve honore une navigatrice disparue dans le golfe de Gascogne lors de la Mini-Transat 1991, partie de Tréboul.

Née à Calais, Marie-Agnès Péron découvre le 6.50 en 1987. Elle termine septième du Mini-Fastnet en 1990, quatrième en 1991. Lors de la Mini-Transat, elle revient à Tréboul pour réparer, reprend la mer après une nuit. Son bateau est retrouvé près de La Corogne le 10 octobre 1991.

Cette histoire n'est pas un préambule cérémoniel. Elle irrigue chaque décision de l'organisation. En 2026, la présence de Claude Marie Tissot, sœur de Marie-Agnès, à la remise des prix a rappelé que derrière le chronomètre, il y a toujours la mer.

Une petite incertitude documentaire subsiste sur la date de naissance de l'épreuve : le Winches Club la situe en 2005, la Classe Mini en 2006. Les deux sources concordent sur l'hommage et sur le lien avec la Mini-Transat de 1991.

De 220 milles au large à 60 milles en baie

Sur le papier, la MAP 2026 devait être une vraie course hauturière : 220 milles en aller-retour entre Douarnenez et le plateau des Birvideaux. Le départ était programmé le jeudi 4 juin.

La météo a tout réécrit.

Un coup de tabac annoncé a conduit la direction de course à estimer que la route vers le sud, le Raz de Sein et la Chaussée de Sein ne pouvaient être empruntés dans des conditions satisfaisantes. Le départ a été décalé au vendredi 5 juin, 9 h. Le tracé a été recentré sur la mer d'Iroise et la baie de Douarnenez : boucle en baie, passage au large des Sables Blancs, cap sur la Basse Jaune, retour direct à Tréboul. 60 milles au lieu de 220.

MomentDécisionConséquence
Jeudi 4 juinDépart prévu au calendrierFenêtre météo incompatible
Vendredi 5 juin, 9 hDépart donné sur parcours réduitSprint de 60 milles en baie
Samedi 6 juin, matinRéunion du juryClassement officiel validé
Samedi 6 juin, 17 hRemise des prix, Maison du NautismeBilan sportif et mémoriel

La réduction n'a pas supprimé la difficulté technique. En baie et en mer d'Iroise, la vitesse, le placement et la capacité à exploiter les bascules restaient décisifs. Mais la nature de l'épreuve a changé : d'une course d'endurance au large, elle est devenue un sprint côtier où chaque seconde comptait.

Deux podiums, deux récits

La MAP est une épreuve de Mini 6.50 en solitaire, classée catégorie C. L'édition 2026 alignait 54 bateaux, 10 nationalités et 5 femmes sur la ligne de départ.

Protos : Letissier sans partage

Les points de suivi le plaçaient en tête dès la mi-journée, avec Adrien Marchandise à environ deux milles. La victoire n'a jamais été contestée.

RangSkipperBateauTemps
1Julien LetissierBranchet8 h 39 min 05 s
2Fedor DruzhininLS Auto9 h 09 min 30 s
3Adrien MarchandiseMiniLab9 h 15 min 21 s

30 min 25 s séparent le vainqueur de son dauphin. Letissier a transformé le sprint imposé par la météo en démonstration nette. Le Télégramme souligne qu'il signe là une troisième victoire en trois courses — une dynamique sportive qui pèse dans la suite du championnat.

Série : Cloarec dans un mouchoir

Tout l'inverse du scénario Proto. Joseph Cloarec gagne à bord de Mini Fifty Fifty, mais la bagarre derrière est féroce.

RangSkipperBateauÉcart avec le 1er
1Joseph CloarecMini Fifty Fifty
2Hervé CorlayIrish Express+ 23 s
3Meven FlaoMarin Breton+ 55 s

23 secondes. Sur 60 milles de course, c'est un battement de cils. Derrière le podium, Thomas Simon, Loïc de Frahan, Luc Moreau et Margot Vennin confirment la profondeur du plateau Série.

La cérémonie a aussi distingué Thomas Radisic, dernier arrivant avant jury — un clin d'œil à la persévérance, valeur centrale de l'épreuve.

Des points qui pèsent double

La MAP 2026 constituait la troisième épreuve du Championnat de France de Course au Large en Solitaire, affectée d'un coefficient 2. Le mécanisme est limpide : les points obtenus par chaque skipper sont multipliés par ce coefficient. Une performance à Douarnenez ne reste pas confinée au week-end — elle alimente le classement annuel, catégorie Proto et catégorie Série.

Pour les concurrents qui visent la Mini-Transat, la MAP sert aussi de test grandeur nature : vitesse, fiabilité, prise de décision en solitaire. L'édition 2026 a ajouté une leçon supplémentaire : savoir adapter son ambition quand le parcours est réécrit par la météo.

Retrouvez le calendrier complet des épreuves Mini 6.50 sur spencer.club.

La sécurité comme fil rouge

Le contraste principal de cette édition oppose l'ambition du parcours à la responsabilité de l'organisation. Le tracé prévu devait emmener la flotte jusqu'aux Birvideaux ; le tracé réel a évité la zone jugée impraticable. Cette décision a transformé la nature de la course.

Le second contraste oppose les deux catégories. Letissier gagne avec une avance nette sur ses poursuivants ; Cloarec, Corlay et Flao sont séparés par moins d'une minute. La même décision météo produit deux lectures sportives distinctes.

Les contrôles de sécurité avaient débuté dès le dimanche 31 mai, sous la responsabilité du comité technique. Le report du départ et la réécriture du parcours montrent que le format Mini ne se résume pas à une ligne de départ et un classement : l'organisation, le contrôle du matériel et la capacité à adapter l'avis de course font partie intégrante de l'épreuve.

Le fait marquant de ce 22e Trophée n'est donc pas seulement la série victorieuse de Letissier ou la précision chirurgicale de Cloarec. C'est la façon dont le Winches Club a maintenu une compétition significative en acceptant de renoncer au parcours initial — fidèle à la mémoire d'une navigatrice dont la disparition rappelle qu'en mer, la prudence n'est jamais un aveu de faiblesse.

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