Dates
January 10, 2027
Route
Lanzarote → Antigua
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2 995 milles sans escale : le grand saut vers Antigua
Le 10 janvier 2027, les étraves quitteront Marina Lanzarote pour avaler 2 995 milles nautiques d'Atlantique d'une traite. Pas d'escale, pas d'assistance. Au bout : Antigua, nouvelle terre promise de la RORC Transatlantic Race, qui remplace la Grenade des éditions précédentes. Ce changement de destination n'est pas cosmétique — il rapproche la Transat de la RORC Caribbean 600, programmée en février dans les mêmes eaux, et transforme la traversée en véritable rampe de lancement de la saison caribéenne.
La treizième édition de l'épreuve promet un exercice exigeant : concilier vitesse, autonomie, veille et conservation du bateau sur près de 3 000 milles de haute mer. Le classement général repose sur le temps corrigé IRC, ce qui signifie que franchir la ligne en premier ne garantit absolument rien.
De 2014 à aujourd'hui : une course qui se réinvente
Organisée par le Royal Ocean Racing Club avec l'International Maxi Association et le Yacht Club de France, la RORC Transatlantic Race a vu le jour en novembre 2014, sur la liaison Lanzarote-Grenade. L'arrivée est restée longtemps ancrée à Camper & Nicholsons Port Louis Marina avant de basculer vers Antigua dès l'édition 2026.
Le palmarès raconte mieux que tout discours la diversité de l'épreuve. Un Class40, un supermaxi de 100 pieds, un 54 pieds de course, un PAC 52, un Volvo 70 : cinq vainqueurs généraux IRC, cinq philosophies de bateau radicalement différentes.
- 2021 — Palanad, Class40, Olivier Magre
- 2022 — Comanche, Super Maxi 100', Mitch Booth
- 2023 — Teasing Machine, NMD 54, Eric de Turckheim
- 2024 — Warrior Won, PAC 52, Chris Sheehan
- 2025 — Tschüss 2, Volvo 70, Christian Zugel et Johnny Mordaunt
L'édition 2025 illustre parfaitement cette hiérarchie à plusieurs étages. Tschüss 2 a remporté le général IRC, mais c'est Lucky, un Juan K Maxi 88 mené par Bryon Ehrhart, qui a coupé la ligne en premier chez les monocoques. Mieux encore : Tquila, un Class40, s'est hissé deuxième au général IRC tout en dominant sa classe. La Transat récompense la qualité de la traversée, pas la puissance brute.
Une route dictée par les alizés — et par les grains
Le parcours géographique est fixe. La route stratégique, elle, varie considérablement d'une année à l'autre. En 2024, une partie de la flotte est descendue vers le Cap-Vert pour chercher les alizés. En 2022, d'autres ont suivi une grande route nord pour contourner une zone dépressionnaire. Même océan, mêmes îles au départ et à l'arrivée, mais des trajectoires radicalement différentes.
Les retours d'expérience de 2026 dessinent un schéma récurrent : vents faibles à la sortie des Canaries, puis alizés plus réguliers et portants vers l'ouest. Les grains ponctuent la traversée et imposent de ne pas forcer avant l'installation du régime de vent. Une route légèrement plus longue peut devenir préférable si elle réduit les chocs et protège le matériel.
La différence de rythme entre les catégories est spectaculaire. Les multicoques les plus rapides bouclent la traversée en cinq à six jours. La majorité de la flotte navigue entre 12 et 14 jours. Les derniers arrivants dépassent parfois 17 jours de mer. Sur une telle durée, chaque décision — changement de voile retardé, période de repos mal calée, manœuvre hésitante — se paie en heures au classement.
Retrouvez le calendrier complet de la saison offshore sur spencer.club.
IRC : le temps corrigé comme juge de paix
L'IRC n'est pas une classe de bateaux. C'est une règle de jauge, née du Channel Handicapping System, qui permet de faire courir ensemble des conceptions très différentes en appliquant un coefficient de temps corrigé (TCC). Le calcul intègre longueur, poids, tirant d'eau, dimensions du gréement, surface de voilure et caractéristiques spécifiques du bateau. La plage de TCC s'étend de 0,750 à 2,000, la majorité des cruisers-racers se situant entre 0,900 et 1,100.
Le temps réel est multiplié par ce coefficient. Le plus petit temps corrigé l'emporte.
La RORC superpose plusieurs niveaux de récompense au-delà du général IRC :
- Prix de classes IRC — le meilleur dans sa catégorie
- Trophée IMA — le premier Maxi
- Trophée multicoque — le premier multique
- Prix spéciaux — meilleur superyacht, meilleur yacht classique
Un bateau peut perdre le général et gagner sa classe. Un multique peut pulvériser le record de ligne sans figurer au palmarès IRC. Cette superposition crée une lecture sportive à plusieurs entrées, bien plus riche qu'un simple classement à l'arrivée.
Plateau 2027 : pas de liste, mais des repères solides
Prudence obligatoire. La page publique des inscriptions ne nomme aucun concurrent confirmé pour 2027. Annoncer un favori à ce stade serait prématuré. Mais les éditions récentes fixent le niveau de référence.
Argo, le MOD70 de Jason Carroll, a établi en 2026 le nouveau record multicoque : 4 jours, 23 heures, 51 minutes et 15 secondes, avec notamment Sam Goodchild dans l'équipage. Zoulou, le MOD70 d'Erik Maris, a terminé seulement 2 heures et 32 minutes plus tard. Les deux bateaux ont maintenu plus de 30 nœuds sur une partie de la traversée.
Mais la performance a un coût. Argo a subi des vibrations et du jeu sur le safran bâbord, imposant une intervention technique d'Alister Richardson en course. L'équipage naviguait à 30-32 nœuds dans une mer formée avec des quarts de barre de 45 minutes. La liste des engagés ne suffira jamais à désigner un favori : l'état du bateau, la composition de l'équipage, l'expérience transatlantique et la gestion de la vitesse pèsent autant que le potentiel brut.
Chrono, fiabilité, sécurité : les trois enjeux de janvier
Le chrono
La course compte pour le RORC Season Points Championships, aux côtés de la Rolex Middle Sea Race, de la RORC Caribbean 600 et de la Rolex Fastnet Race. Un bon résultat ici nourrit un programme offshore complet.
Trois repères chronométriques structurent la lecture :
- Multicoque — Argo, 2026 : 4j 23h 51min 15s
- Monocoque (ligne) — Lucky, 2025 : environ 7j 19h 19min 41s
- IRC — Palanad 3, 2021 : 12j 9h 17min 29s
La fiabilité
Les appendices des multicoques sont particulièrement exposés. Argo a perdu un safran de flotteur en 2022. D'autres bateaux ont connu des dommages de pilotage ou de foil en 2024. Gagner un nœud ne vaut rien si le bateau ne peut pas maintenir l'allure sans compromettre sa capacité à terminer. Sur 3 000 milles, la gestion de la charge, des voiles et du sommeil devient une décision de classement.
La sécurité
L'enjeu le plus grave. Lors de l'édition 2026, un équipier du voilier allemand Walross 4 a été transféré vers un cargo pendant une opération de sauvetage avant de décéder. Le RORC n'a pas divulgué les circonstances précises. Cet événement impose de regarder la Transat non seulement comme une course de performance, mais comme une opération de sécurité au long cours. La préparation médicale, les communications, la capacité à abandonner une trajectoire et la retenue face à la mer font partie du résultat réel, même si elles ne figurent dans aucun tableau de classement.
Trois courses en une seule traversée
La RORC Transatlantic Race 2027 réunira trois logiques parallèles que le mot « IRC » ne résume pas seul :
- Les multicoques de pointe cherchent la vitesse réelle et le record, en poussant fort sans casser safrans, foils ou gréement. Horizon de course : cinq à six jours.
- Les grands monocoques visent les honneurs de ligne, dans une traversée courte mais très intense, dépendante de l'état de la mer et du matériel. Horizon : sept à huit jours.
- La flotte IRC et les équipages plus lents misent sur le meilleur rapport entre performance produite et temps corrigé. Horizon : 12 à 17 jours et au-delà.
Le record et le général ne mesurent pas la même chose. L'épreuve fascine par ses images de bateaux lancés à 30 nœuds, mais son classement principal peut récompenser une traversée deux fois plus longue après correction. Le passage de Grenade à Antigua rend aussi les comparaisons brutes avec les anciennes éditions moins immédiates.
Le plateau 2027 et les dispositions détaillées de l'avis de course restent à confirmer. La lecture la plus juste de cette édition suivra trois classements en parallèle : le bateau qui arrive le premier, celui qui gagne en IRC, et celui qui termine avec un équipage et un bateau préservés. Dans une transatlantique, cette dernière victoire est souvent la condition des deux autres.
Comparez les bateaux engagés et suivez l'actualité de cette course sur spencer.club.

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